Si ça ne vous semble pas approprié, je pourrai bien sûr modifier ou déplacer ma publication.
Depuis le décès de ma mère il y a quatre ans, notre famille -j'entends par là mon père et mes frères-, jusqu'alors très unie, a volé en éclats.
Pour les concerts, je devais être seul au départ avec mes nièces, mais dans un mouvement réflexe, mon père et deux de mes frères s'y sont greffés immédiatement. Nous avions le choix entre Nantes le 26 et Bordeaux le 22. Nous avons choisi Bordeaux le 22 (rien d'anodin, comme on réalisera par la suite). Une semaine avant le concert, mon frère et moi on n'étais pas très bien: on vient de se rendre compte qu'il tombait pile le lendemain de la date d'anniversaire de décès de notre mère, qu'on serait donc déjà à Bordeaux la veille et qu'on ne pourrait pas se recueillir sur les lieux, et qu'on serait dans une ambiance totalement différente. Et que les fleurs seraient pour quelqu'un d'autre... J'étais très, très mal à l'aise avec ça.
Concert de Bordeaux: liesse, on chante tous en choeur, main dans la main, nièces sur les épaules, etc., et au rappel, les trois frères, on hurle plusieurs fois "Merci" à Dorothée, quelque chose qui est très lié à un moment précis de notre histoire familiale.
Retour à Nantes le lendemain tous ensemble (les frères): pendant plusieurs jours, je sais pas ce qui nous prend, on passe toutes nos journées ensemble, on écume tous les bars de Nantes, un de mes frères avec le teddy Dorothée sur le dos 24h/24, pendant un de ces soirs on y rencontre le fils d'amis de Dorothée et Jacky (c'est quand même un coup du destin!), on se retrouve dans nos vies d'adulte mais comme les frères qu'on était avant. On est à 1000 km au-dessus des nuages. Entre-temps, chacun reçoit sa réponse de Dorothée, et notre groupe Whatsapp avec mon père se transforme en fan-club de Do. On est quand même un peu mal parce qu'on n'est pas encore allés se recueillir, mais on n'y arrive pas. On fait la bringue tout le temps et on ne parle que Dorothée entre nous et à tout le monde. Vraiment, on finit par flipper un peu car on voit bien qu'on vit comme un décrochage par rapport à la réalité. Mes frères se posent la question de prendre leur place au Zénith pour le 26, avant de renoncer pour le Bordelais, et... de ne pas se réveiller à temps pour l'autre.
Zénith de Nantes: je remercie Dorothée d'avoir aidé notre famille à se ressouder.
Quelques jours après le Zénith, on va enfin se recueillir, à la fois un peu honteux, et en même temps en se disant qu'on a célébré la vie, et que c'est ce que notre mère aurait voulu. Un de mes frères me dit: "Tu te rends compte du gros transfert qu'on a fait au concert de Bordeaux?". Je commence à tilter.
Les jours passent et on reprend tous contact comme jamais, avec mon père aussi, et on se dit quand même qu'on a vécu une parenthèse enchantée, terme que l'on emploie tous systématiquement maintenant quand on parle de cette période-là. Et qu'on s'est vraiment retrouvés.
On réalise aussi que le titre de la tournée est "Se retrouver": on l'avait certainement lu avant sans vraiment y faire attention, mais les signes linguistiques sont têtus... Et on hallucine un peu.
Puis arrive l'annonce des prolongations, et notre père nous envoie le pitch de la tournée, avec la mention "parenthèse enchantée". On hallucine encore plus.
Bon, une parenthèse, par définition, une fois ouverte, elle se referme, et c'est exactement ce qu'il s'est passé aussi (même si ça a changé des choses en profondeur et sur le long terme, j'en suis sûr). Mais ça c'est un autre débat..
Le principal à raconter ici, c'est que l'inconscient nous a joué de sacrés tours par la médiation de Dorothée en avril, comme si nous avions eu besoin de quelque chose d'à la fois complètement "objectif" et extérieur à notre famille, et en même de très intime et qui résonne en nous tous, pour nous aider à retrouver chacun une place.
À moins que tout cela n'ait été qu'un sort temporaire sciemment jeté par Pandora?